Publié le
11/2/2025

Anesthésie pour chirurgie cardiaque

Découvrez tout sur l’anesthésie en chirurgie cardiaque : techniques, médicaments, gestion de la circulation extracorporelle et innovations récentes pour une prise en charge optimale des patients.

L’anesthésie pour chirurgie cardiaque est une discipline hautement spécialisée qui joue un rôle clé dans la réussite des interventions sur le cœur. Elle vise à assurer l’absence de douleur, la stabilité hémodynamique et la protection des organes vitaux tout au long de l’opération. La chirurgie cardiaque présente des défis uniques en raison de la physiologie complexe du cœur et de la circulation sanguine, nécessitant une prise en charge anesthésique minutieuse.

Dans cet article, nous explorerons les principes fondamentaux de l’anesthésie cardiaque, les techniques utilisées, les médicaments administrés, les complications possibles et les avancées récentes dans ce domaine.

Les principes fondamentaux de l’anesthésie en chirurgie cardiaque

L’anesthésie pour la chirurgie cardiaque repose sur plusieurs objectifs :

  • Amener le patient à un état d’inconscience et d’analgésie sans compromettre la fonction cardiovasculaire.
  • Maintenir une hémodynamique stable, en gérant la pression artérielle et le débit cardiaque.
  • Assurer une oxygénation et une ventilation adéquates tout au long de l’intervention.
  • Faciliter l’utilisation de la circulation extracorporelle (CEC), si nécessaire.
  • Optimiser la récupération postopératoire et minimiser les complications.

Les patients candidats à une chirurgie cardiaque ont souvent des comorbidités (hypertension, diabète, insuffisance rénale, etc.), ce qui rend leur prise en charge anesthésique encore plus complexe.

Évaluation préopératoire du patient

Avant une chirurgie cardiaque, une évaluation complète du patient est indispensable :

a) Bilan clinique

  • Antécédents médicaux et chirurgicaux : maladies cardiaques, pathologies pulmonaires, interventions antérieures.
  • Examen physique : évaluation de la fonction cardiaque et respiratoire.
  • Évaluation des voies aériennes : prévision des difficultés d’intubation.

b) Examens complémentaires

  • Électrocardiogramme (ECG) : pour détecter les troubles du rythme ou des signes d’ischémie.
  • Échocardiographie transthoracique (ETT) ou transœsophagienne (ETO) : évaluation de la fonction cardiaque et des valvulopathies.
  • Bilan biologique : hémogramme, coagulation, fonction rénale et hépatique, bilan électrolytique.

c) Stratégies spécifiques selon le type de pathologie cardiaque

  • Patients atteints d’insuffisance cardiaque nécessitent un contrôle optimal de la volémie.
  • En cas de valvulopathies, une évaluation détaillée du gradient de pression est nécessaire.
  • Pour une coronaropathie, une analyse du risque d’infarctus peropératoire est essentielle.

Techniques anesthésiques utilisées en chirurgie cardiaque

L’anesthésie générale est la technique de référence pour la chirurgie cardiaque. Elle repose sur plusieurs étapes.

a) Induction anesthésique

Elle consiste à administrer des agents anesthésiques pour endormir le patient. Les médicaments couramment utilisés incluent :

  • Hypnotiques : propofol, étomidate ou midazolam.
  • Analgésiques : fentanyl, sufentanil ou remifentanil.
  • Curarisants : rocuronium, cisatracurium pour permettre l’intubation.

L’étomidate est souvent privilégié chez les patients hémodynamiquement instables, car il a peu d’effets sur la pression artérielle.

b) Maintien de l’anesthésie

Pendant l’intervention, l’anesthésie est maintenue à l’aide :

  • D’halogénés volatils (sévoflurane, isoflurane) ou de propofol en perfusion.
  • D’analgésiques puissants (sufentanil, fentanyl) pour limiter la réponse au stress chirurgical.
  • De curarisants pour le relâchement musculaire.

c) Ventilation mécanique

  • Les patients sont ventilés avec un mélange d’oxygène et d’air, avec une attention particulière à la pression expiratoire positive (PEP) pour éviter l’atélectasie pulmonaire.

d) Monitorage peropératoire

L’anesthésiste doit surveiller en continu plusieurs paramètres :

  • Pression artérielle invasive via un cathéter radial ou fémoral.
  • Électrocardiogramme avec analyse du segment ST.
  • Gaz du sang artériel pour surveiller l’oxygénation et l’équilibre acido-basique.
  • Échocardiographie transœsophagienne (ETO) pour évaluer la fonction cardiaque en temps réel.

Circulation extracorporelle et gestion anesthésique

Dans de nombreuses chirurgies cardiaques, la circulation extracorporelle (CEC) est utilisée pour remplacer la fonction du cœur et des poumons.

a) Effets de la CEC sur l’anesthésie

  • Hypothermie contrôlée pour protéger le cerveau et réduire la consommation d’oxygène.
  • Hémodilution due à la priming solution du circuit de CEC, pouvant nécessiter une transfusion.
  • Réaction inflammatoire due au contact du sang avec les surfaces artificielles.

b) Gestion anesthésique pendant la CEC

  • Réduction de la profondeur anesthésique, car les besoins anesthésiques sont moindres sous hypothermie.
  • Surveillance de la perfusion cérébrale pour éviter les complications neurologiques.
  • Correction des troubles acido-basiques et électrolytiques.

Gestion postopératoire et complications possibles

a) Extubation et récupération en réanimation

  • Les patients sont généralement transférés en réanimation cardiaque pour une surveillance rapprochée.
  • L’extubation précoce (dans les 6 à 12 heures) est encouragée pour réduire les complications pulmonaires.

b) Complications post-anesthésiques

  1. Hémodynamiques : hypotension, arythmies, insuffisance cardiaque postopératoire.
  2. Respiratoires : œdème pulmonaire, atélectasie, infection pulmonaire.
  3. Neurologiques : confusion postopératoire, AVC, troubles cognitifs.
  4. Rénales : insuffisance rénale aiguë due à la perfusion réduite en CEC.

Innovations et avancées en anesthésie cardiaque

a) Anesthésie loco-régionale adjuvante

  • L’anesthésie péridurale thoracique et les blocs nerveux interfasciales sont de plus en plus utilisés pour améliorer l’analgésie postopératoire.

b) Techniques d’épargne morphinique

  • Utilisation de la dexmédétomidine et de la kétamine à faible dose pour réduire la consommation d’opioïdes.

c) Intelligence artificielle et monitorage avancé

  • Développement d’algorithmes d’IA pour prédire l’instabilité hémodynamique et optimiser la prise en charge anesthésique.

Conclusion

L’anesthésie pour la chirurgie cardiaque est une spécialité exigeante nécessitant une prise en charge rigoureuse et personnalisée du patient. La surveillance intensive, la gestion de la circulation extracorporelle et l’optimisation de la récupération postopératoire sont des éléments clés pour assurer la sécurité et le succès de l’intervention. Grâce aux avancées récentes, l’anesthésie cardiaque continue d’évoluer pour améliorer le pronostic et le confort des patients.

photo de l'auteur de l'article du blog de la safeteam academy
Frédéric MARTIN
Fondateur de la SafeTeam Academy
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